LE LIVRE
« Statistiques : une femme sur sept. » C’est tout ce qu’on saura sur ce qui justifie l’hospitalisation de la narratrice.Ça ressortait à chaque texte. J’ouvrais un nouveau document dans l’ordinateur, je parlais d’une fille, d’une autre fille, d’une « non-moi », et il lui arrivait ces choses absurdes, elle se retrouvait coincée là-bas, dans la chambre, sur le lit d’hôpital. Même en biaisant, en la forçant à s’asseoir dans un jardin, sous un sorbier, elle ne se laissait pas faire et revenait à la chambre toute seule, en somnambule. Comme j’étais en morceaux, ça sortait en morceaux. Ce que j’écrivais éclatait, un truc démembré et bancal. Je me réconfortais en trouvant de la cohérence là-dedans, comme si d’être morcelée justifiait d’écrire morcelé, comme si c’était voulu cette histoire d’éclatement.
Texte sans pathos : on examine le temps, les objets, les couloirs, les lumières. La reproduction de Dufy au mur, la translation qu’on fait de son corps jusqu’aux toilettes. Un bruit d’école dans le lointain.
On interroge la relation sociale, même dans le détail et le grossissement des conversations qui vous rejoignent là, infirmières notamment : les places, croirait-on, sont interchangeables.
Il n’est donc moins question de clinique (au sens où Deleuze et Guattari nous y emmenaient) que de signes, et donc de littérature.
Sauf en cela qu’elle nous concerne par notre contact le plus direct au monde, et à une expérience dont nul de nous n’est indemne – une femme sur sept, qui d’entre nous ne connaîtrait pas l’une d’elles ?








