Le livre
Voilà un texte magnifique, très dense, d’une langue éprouvée, où on perçoit la lecture de Gracq ou Nerval, mais surtout qui respecte littéralement l’enjeu de son titre : L’enfant neutre, cela signifie aussi qu’on traverse le personnel, le particulier, pour rejoindre ce que recouvre toute enfance, et qui concerne la langue.Laurent Margantin ne contourne pas l’autobiographie, il s’en saisit dans ses points de risque, ses éléments récurrents, sa typologie. Mais il n’en fait pas la finalité de son travail.
D’abord, parce qu’il est entre deux pays, entre deux langues, et que cela vous contraint déjà, héritage de Nerval comme celui de Büchner, à prendre en compte l’intervalle, l’interstice, tout ce sur quoi on ne se questionnerait pas si cette identité, ce Heimat avaient été plus simples.
Mais parce que la question ouverte par Margantin, dès l’ouverture de das Kind, la première partie de ce texte, c’est la question posée à la langue, aux formes même de la littérature – il n’est pas d’écrivain qui n’aient à interroger l’enfance, qu’ouvre-t-on ce faisant, et qu’a-t-on à déplacer.
Alors les outils, les chemins, les convocations, l’étrange visage blême de l’enfant double convoqué, Blass (le deuxième récit) deviennent aussi ce qu’on nous offre pour rejoindre notre propre langue-enfance.
Un texte presque obsédant, où la prose sans cesse se joue d’elle-même pour venir aux frontières de la poésie, et que c’est l’écriture elle-même que sans cesse on questionne.







